Identité No1 ’73

Identité no1 _1

Deux flèches de néon se font face,rigoureusement identiques quant à leur forme, de chaque côté d’une plaque transparente. Mais voilà : si l’on regarde du côté de la flèche verte, sa sœur, vue à travers l’écran vert-jaune, semble verte également. Tandis que si l’on se déplace du côté de cette flèche la supercherie apparaît : elle apparaît en bleu, dans sa couleur «réelle», l’autre, à travers l’écran vert-jaune, restant verte. Par conséquent, l’identité, qui était absolue dans un sens, cesse de l’être dans l’autre, sans que rien n’ait changé dans le dispositif. Tout dépend donc de la position occupée par le regardeur, tout dépend du point de vue. Mais ceci ne revient pas à dire que la situation d’identité absolue est fausse tandis que la I situation de différence serait vraie.

C’est «vrai» des deux côtés. D’un côté du miroir, le reflet semble équivalent, de l’autre côté, une différence de couleur montre bien qu’il ne s’agit pas d’un reflet, mais d’un double de couleur différente. Ou encore, d’un côté, l’écran est le parfait leurre d’un miroir, de l’autre, il ne l’est plus.

Mais même si les deux fleches étaient de meme couleur, il y aurait toujours cette hésitation entre le double et le reflet, cette stratégie du faux-miroir. De telle sorte que cette installation joue à la fois sur le tableau d’un monde coloré, où elle montre la relativité de toute détermination, et sur le tableau d’un problème purement logique, où elle vient suspendre une indétermination entre le vrai et le faux.

De surcroît, elle fait intervenir, par le suspens des flèches convergeant vers l’écran, une sorte de stase définitive, une pureté d’intervalle manquant, où une goutte de temps à l’état pur a l’air de se tenir prisonnière.

Extrait de Piotr Kowalski, Jean-Christophe Bailly, Editions Hazan, 1988